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La comptabilité carbone et la fin de vie d’une infrastructure ?

La comptabilité carbone et la fin de vie d’une infrastructure ?

mars 21st, 2012 // 4:09 @ V.CAU

La comptabilité carbone appliquée au secteur de la construction, doit-elle prendre en compte les émissions de fin de vie d’une infrastructure ?

construction tour eiffel

La tour Eiffel, construite pour l’exposition universelle de 1889 pour une durée de …    20 ans

La méthodologie Bilan Carbone® de l’ABC, «  permet d’évaluer, en ordre de grandeur, les émissions de gaz à effet de serre engendrées par l’ensemble des processus physiques qui sont nécessaires à l’existence d’une activité ou organisation humaine. Par « processus physique nécessaire », il faut comprendre que l’entité examinée n’existerait pas sous sa forme actuelle, ou avec ses contours actuels, si le processus physique en question n’était pas possible. »

Pour le secteur de la construction et du bâtiment, le guide méthodologique de l’ADEME et du CSTB, intègre dans la définition du périmètre retenu pour quantifier les émissions des flux physiques, la fin de vie de l’ouvrage.

texte fin de vie

S’il est logique de prendre en compte les émissions de fin de vie pour un téléviseur, une cafetière, une paire de chaussure ou même une voiture, je m’interroge sur la pertinence de prendre en compte ces émissions pour une infrastructure.

Pour les objets ayant une durée de vie relativement faible, la prise en compte des émissions de la fin de vie est tout à fait logique : La fin de vie émet des GES et nécessite une filière de traitement, qui émet des GES également. L’entité qui commercialise, produit, exploite…des produits, doit tenir compte de leur fin de vie. Le traitement des déchets, leur valorisation, incinération…sont des flux physiques nécessaires à l’entité, si ces flux n’existaient pas (pas de filière de récupération, évacuation, traitement) l’entreprise ne serait pas configurée de la même manière.

Pour ce qui est d’une infrastructure, le sujet me semble tout autre : il est fréquent de voir des chantiers de construction, mais beaucoup plus rare de voir des démolitions. Si l’on se fie aux statistiques des permis de construire et de démolir on obtient les chiffres suivants :

permis de construire et de démolir

Le fait de démolir un bâtiment est relativement rare, même si le permis de démolir n’est obligatoire que dans certaines conditions, les travaux de démolition concernent entre 0 et 5% des travaux du secteur de la construction.

Dans le même esprit : Un article du moniteur sur le renouvellement des canalisations d’eau ou d’assainissement souligne qu’une canalisation ne serait remplacée qu’au bout de 170 ans. « Le réseau d’eau potable en France représente un linéaire de 906 000 kilomètres dont la pose a commencé au 19ème siècle. Selon l’enquête Cador sur le patrimoine des canalisations d’alimentation en eau potable, environ 50% du réseau serait antérieur à 1972. La plupart a été construit après-guerre, entre les années 50 et 70. Il arrive souvent que les collectivités aient perdu les plans et ne connaissent pas non plus les matériaux. L’acier, la fonte grise, le PVC et l’amiante lié sont à l’origine de casse et de fuites et forment 60% de la valeur patrimoniale à remplacer… Le taux de remplacement actuel n’est que de 0,6% par an, ce qui fait qu’une canalisation d’eau potable ne serait changée qu’au bout de 170 années (906 000 km) et les dépenses d’équipement portant sur l’eau et l’assainissement ont accusé en 2010 une baisse estimée à 5,6%… Théoriquement il faudrait investir 1,5 milliards d’euros par an pour maintenir le réseau en état. Nous en sommes loin. C’est pourquoi le décret et le descriptif détaillé des réseaux qu’il impose représentent une prise de conscience importante pour nos décideurs locaux de l’importance du patrimoine qu’ils ont sous leurs pieds et dont ils ont la responsabilité. »

Cet exemple, prouve que la période d’exploitation d’un ouvrage ne peut être clairement établie lors de la construction de l’ouvrage.

Nous ne pouvons également concevoir la démolition (ou déconstruction) qu’en fonction des moyens et méthodes actuelles. Aujourd’hui, on déconstruit, on démonte, trie, recycle, valorise…Qui peut dire quel seront les méthodes de démolitions dans 50 ou 75 ans ? Comment sera configuré et développée la filière de recyclage en 2060 ? Dans un monde économiquement contraint (ce qui nous pend au nez si l’on ne prend pas à bras le corps la contrainte énergétique), il est probable que la valorisation des matériaux prendra une tout autre importance, mais déconstruira-on toujours ? Dans le cas de tensions économiques, il est probable que le taux de construction mais également de démolition soit inférieur à ce qu’il serait en période de croissance.

(Démolition en 1960)

La méthode Bilan Carbone® a pour objectif de quantifier des ordres de grandeurs cohérents et de souligner les liens de dépendance aux énergies fossiles, le BGES règlementaire actuel n’apporte pas cette vision à une entreprise (il est dommage que les Lobbies patronaux n’aient vu qu’une contrainte dans cette approche, et non un outil de prospective et qu’ils en aient limité la portée). L’esprit du Bilan Carbone® se veut avant tout un outil d’analyse, destiné à souligner la dépendance énergétique et le risque lié à cette dépendance (je souligne ce point, car je vois trop souvent, des Bilans Carbone® dans lesquels mes confrères comptables carbones ont répondu au cadre et à la méthodologie sans vérifier, la pertinence du fond). Les ordres de grandeur concernant la fin de vie d’une infrastructure comporte une barre d’erreur telle, qu’elle ne permet pas d’avoir une vision suffisante pour amener des pistes de réflexion.

De la même manière qu’il est très difficile, dans le Bilan Carbone® d’un ouvrage d’évaluer la phase « exploitation » en terme de GES (même si elle est majeure), prendre en compte la fin de vie d’une construction à 50 ans, me semble donc être pur formalisme (et n’amène rien, si ce n’est des chiffres apportant plus de confusions que d’informations).


Category : Bilan carbone &Bilan carbone chantier

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