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Le périmètre du Bilan Carbone (les émissions de GES au second ordre)

Le périmètre du Bilan Carbone (les émissions de GES au second ordre)

octobre 4th, 2011 // 10:07 @ V.CAU

Tout d’abord, je rappelle le principe d’ensemble et les objectifs de la méthode tels qu’ils sont décrits dans le guide méthodologique V6.1.

« La méthode Bilan Carbone permet d’évaluer, en ordre de grandeur, les émissions de gaz à effet de serre engendrées par l’ensemble des processus physiques qui sont nécessaires à l’existence d’une activité ou organisation humaine. Par « processus physique nécessaire », il faut comprendre que l’entité examinée n’existerait pas sous sa forme actuelle, ou avec ses contours actuels, si le processus physique en question n’était pas possible.

L’un des points fondamentaux de la méthode consiste à mettre sur un pied d’égalité :

  • · les émissions de gaz à effet de serre qui prennent directement place au sein de l’entité (qui sont, d’une certaine manière, de sa responsabilité juridique ou territoriale directe)
  • · et les émissions qui prennent place à l’extérieur de cette entité, mais qui sont la contrepartie de processus nécessaires à l’existence de l’activité ou de l’organisation sous sa forme actuelle.

Les émissions qui figurent dans un Bilan Carbone ne sont donc pas uniquement celles dont l’entité est ou se sent responsable, mais avant tout celles dont elle dépend.

Dans cette deuxième catégorie, on trouvera par exemple :

• les émissions de production de l’électricité pour un fabricant de semi-conducteurs (car sans électricité la production de semi-conducteurs sous sa forme actuelle s’arrête),

• les émissions liées au transport des clients d’une grande surface installée en périphérie urbaine,

• les émissions d’un camion affrété par une collectivité au titre de son activité de restauration scolaire alors qu’il ne lui appartient pas, mais qu’il est nécessaire au transport des produits alimentaires (sans ce transport l’activité n’est plus configurée de la même manière),

• les émissions « nécessaires » à la fabrication des fromages pour une crémerie, car sans fromages les crémeries peuvent difficilement exister sous leur forme actuelle,

• les émissions de fonctionnement d’une voiture à essence ou à diesel vendue par un constructeur, car il est nécessaire que ces émissions aient lieu pour qu’un constructeur puisse vendre ces voitures-là.

L’une des conséquences de la prise en compte, par la méthode, des émissions directes et indirectes est bien entendu une indifférence totale à la localisation des émissions de gaz à effet  de serre évaluées. Ce choix qui est dicté par l’intérêt à évaluer globalement les émissions dont dépend une activité, est également cohérent avec des considérations physiques… »

La question à se poser, pour juger de la pertinence du périmètre retenu pour le Bilan Carbone® est donc : « Mon activité est-elle inchangée si je retire tel flux? »

Je reprends une « parabole Jancovicienne » pour illustrer le propos : le cas d’un petit magasin de cocottes en papier dans une aérogare. Imaginons une petite boutique qui vend des cocottes en papier dans une aérogare. Le local et mal chauffé, le matériel rudimentaire…bref, la première impression est que le Bilan Carbone® de cette affaire est relativement bas, du carton, du papier, un peu de colle. Pourtant, si l’on considère un périmètre plus global, et que l’on examine les flux NÉCESSAIRES à cette activité. Il devient évident que cette activité dépend d’un flux de clients extrêmement énergivores (clientèle d’un aéroport). Le BC de cette activité, mené sur le périmètre global, affiche un lien fort de dépendance aux hydrocarbures bon marché (et à un flux d’émissions de co2 important)

Pour aller plus loin : les impacts d’une activité au second ordre

Lors de mon billet précédent «  Facteur d’émission de l’ACIER (à béton) – réflexions sur le recyclage », la réflexion portait sur l’impact que pouvait avoir la demande sur le mode de fabrication de l’acier et donc sur le facteur d’émission de celui-ci. Au final se posait la question de l’impact au second ordre pour l’acier de construction : Le fait de commander des ronds à béton, fait-il finalement « fonctionner » des hauts fourneaux plutôt que des fours électriques (les émissions en résultant n’étant pas du tout les mêmes). Si la filière de production électrique est saturée en volume, peut-il y avoir basculement de produits traditionnellement réalisés par la filière électrique vers la filière première fonte.

Dans le cas de l’acier la réponse semble être négative, mais finalement, ou limite-t-on le périmètre de l’étude.

Prenons un autre exemple. Considérons 2 chantiers d’infrastructures  pour une autoroute. L’entreprise A traite la première tranche du marché : Le chantier A. Elle confie la production de granulats à l’unique carrière locale. Le volume pour construire l’autoroute nécessite 80% des capacités de production de la carrière. L’entreprise B décroche le chantier B (la seconde tranche), ses besoins en granulats ne peuvent être satisfaits par la carrière locale. Elle est contrainte de se fournir à une carrière plus éloignée. D’où des transports plus importants, et par conséquent des émissions de GES supplémentaires (le prix de la fourniture est forcément également impacté).

Imaginons que vous êtes chargés de réaliser le BC du chantier A. Si vous voulez être puriste et mener la réflexion jusqu’au bout, vous devez prendre l’impact du chantier A sur B : le fret pour le chantier B augmente de +50km pour 50000 tonnes de granulats (gros chantier). Ce qui représente tout de même, si les transports se font par semi-bennes de 24 tonnes, environ 580 tonnes éq. CO2, dont le chantier A est directement « responsable », mais pas coupable… Ces émissions ne révèlent pas un lien de dépendance pour le chantier A, mais des « dommages collatéraux ». Comme le sont les émissions de décarbonatation du ciment, qui découlent de la réaction chimique de fabrication du clinker. Si vous souhaitez évaluer l’impact d’une taxe carbone, ou d’un renchérissement des prix de l’énergie (hydrocarbures), vous devez exclure ces émissions du total impacté. Doit-on, ou plutôt peut-on, aller aussi loin dans les impacts induits. Pour mon exemple, les effets peuvent être non négligeables, mais peut-on évaluer ces impacts dans l’étude du chantier A., encore faut-il pouvoir les déceler. La chaines des effets et sans fin, mais l’entropie des effets permets, d’une manière générale, de négliger ces émissions. Par exemple une chaine d’effets parmi des milliers : Le chantier A entraine plus de transports pour B > plus de transports c’est plus de dégradation de voiries (plus de réparations) > plus de réparation c’est plus de CA pour les entreprises qui les réalisent (plus de possibilité d’investissements) > etc. c’est globalement la chaine de distribution de l’argent.

Une dernière illustration,  sur les émissions « induites ». Une grosse industrie locale (Michelin sur Clermont ou AIRBUS à Toulouse) fait vivre tout un territoire. Le Bilan Carbone® jusqu’au-boutiste d’une de ces industries devrait évaluer les émissions générées par le fait que cette industrie, de par son existence même, alimente l’économie locale, qui ne serait pas aussi développée sans elle. Le supermarché local n’existe (et  n’émets des GES) que par la présence de cette industrie majeure.

Je conseillerais donc, de ne pas de prendre en compte les effets du « second ordre », à moins que ceux-ci soient largement identifiables et sensibles dans les résultats du Bilan Carbone®. Tout d’abord car le degré d’incertitude sur les résultats d’un bilan carbone est déjà conséquent. Ensuite parce que ces effets ne relèvent pas de la dépendance aux hydrocarbures et qu’une contrainte carbone (prix de l’énergie, taxe) n’a pas d’impact sur ces émissions de second ordre.


Category : Bilan carbone &Bilan carbone chantier

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