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Bilan carbone® d’un chantier / BC2 : Etude du lot Gros œuvre

Bilan carbone® d’un chantier / BC2 : Etude du lot Gros œuvre

juillet 18th, 2010 // 12:00 @ V.CAU

Le post précédent résume l’étude « bilan carbone® » du chantier de l’HEPAD*** dont nous avons détaillé les caractéristiques, ici.

Nous allons porter le prisme « carbone » sur le poste le plus émissif : le lot GROS ŒUVRE. Nous allons procéder à partir de la Décomposition des Prix Globale et Forfaitaire, ou Devis Quantitatif Estimatif (en clair, les détails et montants des prestations engageant l’entreprise de GO).

Exemple :

POUTRES 1 352,88
PREFABRICATION DE POUTRE CHANTIER R+2 M3 1,785 601,40 1 073,50
POSE POUTRE PREFABRIQUES ML 12,1 16,60 200,86
RAGREAGE POUTRE PREFABRIQUEES M2 18,26 4,30 78,52
PLANCHERS DALLES PLEINES 26 436,50
COFFRAGE DALLE PLEINE M2 327,69 23,70 7 766,25
BETON DALLE PLEINE M3 66,147 140,80 9 313,50
TREILLIS SOUDES POUR DALLE PLEINE KG 3 932,28 1,20 4 718,74
TRAITEMENT PLAFOND DALLE PLEINE M2 327,69 2,80 917,53
COFFRAGE CHAINAGE FACADE BETON M2 4,0 14,30 57,20
COFFRAGE CHAINAGE INTERIEUR M2 44,77 42,70 1 911,68
BETON POUR CHAINAGE M3 5,486 157,20 862,40
ACIERS FACONNES ASSEMBLES CHAINAGE KG 494,0 1,80 889,20
  1. les facteurs d’émission

Comme nous l’avons détaillé dans le post précédent, les facteurs d’émission sont issus de la base publique tenue par l’ADEME (guide des facteurs d’émission V6.1, des fiches d’analyse de cycle de vie INIES, d’extractions de l’outil « Bilan Produit » développé par l’université de Cergy-Pontoise et l’ADEME à partir des données « Ecoinvent », ou encore de recherches spécifiques.

  1. méthodologie

La méthodologie consiste ici, à désagréger les quantités par postes en flux physiques et quantités élémentaires selon les détails et sous détails utilisés pour le chiffrage et les études de prix des entreprises de construction.

http://lh3.ggpht.com/_59ksE5Zs4h4/TEMCm-8kl_I/AAAAAAAAAPU/WqYSq17Q5Ic/methodologie2.jpg

L’estimation des émissions est ensuite établie en associant les facteurs d’émission aux quantités retenues selon la méthodologie Bilan Carbone ® de l’Ademe. (Version V6.1).

  1. Résultats par postes pour notre EHPAD:

Les résultats par postes sont détaillés ci-dessous :

Par postes kg éq. CO2
installation de chantier/repliements 215 010
terrassements manuels, sous œuvres…
terrassements, fouilles… 5 389
fondations spéciales
fondations traditionnelles 71 924
fondations semelles 33 989
longrines 19 544
tête de pieux
reprises en sous œuvre
longrines prefabriquées
radier 1 420
libages
poteaux fondations
paroi moulée
arase étanche, revêtement bitumineux, JD
poteaux infrastructure 3 477
poutres infrastructure 5 554
voiles infra 40 315
poteaux superstructure 7 140
poutres superstructure 9 612
voiles superstructure 151 148
goujons
dallages, planchers 486 302
blocs creux 50 892
blocs pleins
blocs a bancher
briques
carrobrics
béton cellulaire
divers maçonnerie
façades 1 549
plaquettes 13 418
enduits, chapes, socles, dressements 1 395
enduits façades 19 799
escaliers 7 174
acrotères
divers toiture terrasse 16 350
conduits divers
tuyaux canalisations divers 8 164
caniveaux fontes de voirie
calfeutrements, scellements, fourreaux, divers… 34 212
travaux extérieurs
démolitions
SOUS TRAITANTS
TOTAL 1 203 776

Ou en tonnes éq. C, le graphe ci-dessous :

http://lh5.ggpht.com/_59ksE5Zs4h4/TEDK9Ei8CjI/AAAAAAAAAO0/_dd6qwSj3T8/s576/teqc%20graph%201.jpg

Globalement l’image des émissions du lot gros œuvre peut ce résumer par le graphe ci-après.

http://lh3.ggpht.com/_59ksE5Zs4h4/TEDK98MHXpI/AAAAAAAAAO4/Vf7GhcYIQjI/camenberg%20global.jpg

Pour aller un peu plus loin, la répartition des émissions du poste majeur (le béton) sont répartie de la manière suivante :

http://lh3.ggpht.com/_59ksE5Zs4h4/TEDK_CMy57I/AAAAAAAAAO8/D6mkYU8cMLc/s640/graph%20beton.jpg

  1. Ratios :

    Afin d’offrir une lecture plus « parlante » des résultats, nous vous proposons quelques ordres de grandeur.

    Les émissions nécessaires à la réalisation du chantier sont d’environ:

  2. 1 203 700 kg éq. CO2 ou 328 tonnes éq.C

  • D’une manière générale, les émissions moyennes annuelles d’un Français sont d’environ 2 tonnes d’équivalent carbone.
  • 2 tonnes d’équivalent carbone c’est : 87300 kWh d’électricité (en France), 2700 litres d’essence ou encore la production de 700kg d’aluminium neuf en Europe.

Si l’on ramène les émissions au m² de surface habitable

ratio kgeqCparm2 ehpad g81

Le but est d’établir un parallèle entre les émissions relatives à la phase construction et les référentiels GES et consommation d’énergie, utilisés dans le
logement.

Notez que notre étude ne porte que sur la phase GROS ŒUVRE et non la totalité du chantier.

Mise en perspective avec les indicateurs de performance énergétique et d’émissions
annuelles de gaz à effet de serre.

http://lh6.ggpht.com/_59ksE5Zs4h4/TEDK_vMjTSI/AAAAAAAAAPA/XRvb043FHqU/ratioco2.jpg

La phase construction (gros œuvre uniquement), représente 4 années de consommation de ce même bâtiment en classe E.

graphe kWhparm2 ehpad g81

La phase construction (gros œuvre uniquement), représente 15 années de consommation de ce même bâtiment de type logement économe (BBC )classe A.

Pour obtenir ces valeurs nous n’avons pris en compte que les émissions énergétiques du chantier, nous avons retiré les émissions de décarbonatation du ciment principalement (ciment contenu dans les blocs, éléments préfabriqués, béton prêt à l’emploi…)

  1. conclusions

Pour les chantiers de construction de bâtiment, c’est typiquement l’utilisation du béton armé, qui génère les plus fortes émissions. Il peut être cohérent pour lutter contre le réchauffement climatique et contre la dépendance de cette activité aux énergies fossiles de repenser les systèmes constructifs, sans remettre en cause l’utilisation du béton armé qui est un matériau aux propriétés remarquables. Limiter les ornements et ouvrages architecturaux en béton (dans le respect de la création architecturale), repenser la structure (poteaux poutres) et l’alléger pour diminuer les fondations…les pistes sont nombreuses et méritent d’être analysées  sous le prisme « carbone ».

Petit exercice « économique »


Pour notre étude, 59% des émissions sont dues à l’utilisation de béton. On peut « brutalement » imputer 50 % des émissions du béton à l’oxydation d’hydrocarbures et 50% au phénomène de décarbonatation lié à la production de ciment. Si l’on considère que 90% des émissions diverses sont dues aux hydrocarbures : on conclu qu’environ 70% des émissions des travaux de gros œuvre dépendent des hydrocarbures (soit environ 230 tonnes d’équivalent carbone).
En prenant le gasoil comme référence : 230 tonnes éq. C correspondent à 290 000 litres de gasoil (1 litre équivaut à 0.803kg éq. C). S’il l’on émet l’hypothèse de l’augmentation brutale de 1€ du litre (augmentation des prix, taxe carbone …) et d’un report à l’euro-l’euro de ce surcout par tous les intervenants dans la chaîne de production , la facture pour l’entreprise (et par retour pour le Maître d’Ouvrage) est de l’ordre de 290 000€ et ceci uniquement pour le lot gros œuvre… A méditer…

Le prochain post reprendra l’analyse du gros œuvre mais de façon plus précise : a partir des données et quantités précises de matériaux mis en œuvre par l’entreprise.

posts connexes :

Bilan carbone® d’un chantier / 1 : description et données

Bilan carbone® d’un chantier / BC1 : Etude globale TCE

Bilan carbone® d’un chantier / BC3 : Etude DETAILLEE du lot Gros œuvre


Category : Bilan carbone chantier

4 Comments → “Bilan carbone® d’un chantier / BC2 : Etude du lot Gros œuvre”

  1. [...] Bilan carbone® d’un chantier / BC2 : Etude du lot Gros œuvre [...]

  2. [...] Bilan carbone® d’un chantier / BC2 : Etude du lot Gros œuvre [...]

  3. [...] Les deux post précédents illustrent les réflexions intéressant en priorité la Maîtrise d’œuvre ou la Maîtrise d’Ouvrage d’une opération. A partir des données des montants traités pour l’ensemble des lots du chantier nous avons quantifié les émissions globales du chantier (exemple BC1). La Décomposition des Prix Globale et Forfaitaire du lot gros œuvre, nous a permis d’extraire les quantités et flux impliquant le lot gros œuvre (étude BC2). [...]

  4. [...] Une seconde méthode consiste à désagréger le montant de la prestation en flux physiques à partir des index BT nationaux (gros œuvre BT06). Et de la même manière que précédemment, à les convertir en quantités de GES, par le biais de facteurs d’émissions. [...]